La série COSMOS seconde génération

Aux Etats-Unis, l’astronome Carl Sagan est un mythe. Il était plus qu’une superstar, il était un héros.

Décédé en 1996, son héritage est considérable : plusieurs centaines d’articles scientifiques, des dizaines d’ouvrages de vulgarisation, la plaque sur la sonde Pioneer 10 contenant des informations sur l’espèce humaine et un plan du système solaire à destination d’une éventuelle civilisation extraterrestre, la création du programme SETI (Search for Extra-Terrestrial Intelligence) et la fondation de la Planetary Society. En France, il est surtout connu pour avoir écrit le roman « Contact », qu’il a co-produit avec son épouse Ann Druyan pour le cinéma, avec Jodie Foster dans le rôle-titre.

Et, bien sûr, la série COSMOS. Diffusée en 1980 aux Etats-Unis et sur Antenne 2 en 1981, elle a été vue par 750 millions de téléspectateurs dans 175 pays, devenant la série scientifique la plus vue au monde.

Ann Druyan, désormais veuve, a voulu remettre au goût du jour sa série phare en 13 épisodes comme l’originale qu’elle avait déjà co-produite avec son mari. Pour ce remake, elle s’est associée avec Seth Mac Farlane (le créateur de Family Guy) et à la Fox. Grand bien lui en a pris : avec 1 million de dollars par épisode et un budget dément pour la communication (j’ai été invitée à Londres, comme nombre des confrères et consoeurs européens pour l’occasion), le COSMOS seconde génération est un bijou visuel (les images de l’Univers sont à couper le souffle et les personnages historiques sont représentés par un dessin animé à la fois brut et touchant) et une merveille de vulgarisation scientifique.

« Absolument tous les publics sont visés« , m’a-t-elle confié quand je lui ai demandé à qui s’adressait cette série. « C’est exactement ce qu’il ne faut jamais faire en production« , a-t-elle ajouté dans un sourire. C’est exact, mais elle savait déjà qu’elle serait l’exception qui confirmerait la règle. Car COSMOS mélange histoire des sciences, faits scientifiques, voyage dans le « vaisseau de l’imaginaire » et émotion : « COSMOS est fait pour que chacun puisse ressentir l’Univers« , a résumé pour moi Neil deGrasse Tyson.

Ah, Neil DeGrasse Tyson… Quand j’ai su que j’allais le rencontrer à Londres, un sourire niais ne m’a pas quittée pendant plusieurs jours. Astrophysicien, directeur d’un planétarium à New York, hyperactif sur Twitter, il est tellement emblématique aux États-Unis qu’il a joué son propre rôle dans « The Big Bang Theory ».

Il fait le show, à l’américaine, pour impressionner les journalistes : quand Émilie Martin (de Ciel et Espace) et moi-même sommes allées le saluer au cocktail qui précédait la projection du premier épisode, il s’est écrié « Oh ! France ! Wine ! » et il est parti dans une tirade pour nous expliquer l’origine française d’une partie de son nom « DeGrasse » (une histoire à base d’oiseau, je crois, mais j’ai pas tout compris…) et il nous a cité une dizaine de vins avant de saluer avec le même entrain notre consœur russe. Il a multiplié les selfies (j’ai le mien, oui oui…) et les réponses aux questions.
Le lendemain, pour les interviews, il est arrivé avec un chapeau de cowboy et a retiré une de ses monstrueuses bottes à éperons pour prouver à une journaliste qu’il avait de plus grands pieds qu’elle.

Cet immense bonhomme a l’œil qui frise autant que sa moustache. Malheureusement, quand est venu mon tour, il commençait à fatiguer. Mais le ton est devenu d’autant plus grave quand j’ai rebondi sur ce qu’il avait dit la veille au soir après la projection du premier épisode : « COSMOS est là pour expliquer la raison pour laquelle les sciences sont aussi importantes. » Je lui ai alors demandé pourquoi était-ce si important aujourd’hui, avec à l’esprit le problème du Créationnisme enseigné dans de trop nombreuses écoles aux États-Unis. Voici ce qu’il m’a répondu :

« La vérité n’est pas ce que vous voulez qu’elle soit, la vérité est ce qui est. » Il rejoint sur ce point Ann Druyan qui a co-produit COSMOS à nouveau pour justement, et entre autre, combattre l’obscurantisme et l’ignorance. « Ce qui compte, c’est ce qui est« , m’a-t-elle soutenu en me regardant droit dans les yeux. « Si tu aimes vraiment la nature, l’Univers et la vie, alors tu ne veux que savoir comment tout ça fonctionne vraiment. L’humilité, c’est de vouloir vraiment savoir ce qui est. Le bonheur, c’est de comprendre.« 

Elle prêchait une convaincue mais il est difficile de ne pas penser à tous les obscurantistes religieux qui imposent leur vision du monde, et pas seulement aux États-Unis. Ils ne seront jamais cités mais Neil DeGrasse Tyson a expliqué ceci à mon confrère du Figaro : « Je n’ai rien contre la religion, au contraire. Mais, de la même manière que je ne cherche pas amener la science dans les églises, je ne veux pas que la religion entrent dans les manuels scolaires de nos enfants. »
Ann Druyan s’en sortira par un autre biais grâce à ma consœur russe qui lui a rappelé les propos de Stephen Hawking qui prône l’arrêt d’envoi de signaux ou de plaques indiquant notre position dans l’Univers, de peur qu’une civilisation décide de nous anéantir. Pour la productrice, la réponse est sans appel : « L’ignorance, c’est être perdu. Même en ce qui concerne la vie extraterrestre. Quel qu’en soit le prix, je crois que savoir est toujours mieux qu’ignorer. » Et je ne peux m’empêcher d’ajouter cette fameuse citation de Carl Sagan : « Si nous étions seuls, ce serait un beau gâchis d’espace…« 

Comme Carl Sagan, la question de la vie ailleurs est LA question à laquelle Ann Druyan aimerait avoir une réponse. Et pas très loin derrière, celle-ci : « Vivons-nous dans des multivers ? » C’est un des thèmes qui est abordé dans le remake de 2014 et qui n’apparaissait pas dans le COSMOS original.

Parce que COSMOS n’apporte pas seulement des réponses : il soulève tout autant de questions, à l’image de la science. Et quand j’ai demandé à l’astrophysicien Neil deGrasse Tyson les réponses qu’il aimerait avoir, voici ce qu’il m’a dit :

À la fin du premier épisode du nouveau COSMOS, l’astrophysicien explique pourquoi il est légitime en temps que successeur de Carl Sagan. Je ne vous spoilerai rien mais la séquence est émouvante. Seulement, c’est bien beau de jouer les scientifiques à la télévision… encore faudrait-il qu’il n’oublie pas de faire de la science. Je lui ai alors demandé sur quoi il aimerait travailler après la diffusion – et la promotion – de COSMOS.

La Voie Lactée… Si vous voulez la découvrir, si vous voulez prendre place à bord du vaisseau de l’imaginaire et voyager au-delà de de notre galaxie jusqu’à l’infiniment petit, alors rendez-vous tous les dimanches à 20h40 sur la chaîne National Geographic (gratuite pour les clients Numéricable et FREE ayant souscrit l’option TV).

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