Pollution et santé

Les conditions météorologiques récentes ont placé la pollution atmosphérique sous les feux de l’actualité. Des informations alarmantes ont été diffusées, invitant les français et notamment les parisiens, à limiter leurs efforts à l’extérieur. Mais que sait-on exactement des risques sanitaires liés à la pollution de l’air ?

Nous sommes en contact avec l’air ambiant par l’intermédiaire de notre peau, de nos yeux, et surtout de notre appareil respiratoire.

L’air contient naturellement des particules en suspension depuis des millions d’années : fibres végétales, poussières minérales, pollens, virus, bactéries, spores de

champignons. Nos yeux se protègent grâce aux larmes qui lavent en permanence la cornée. Notre système respiratoire possède également un système de protection contre ces particules :

  • Les fosses nasales, sorte de labyrinthe spiralé dont le revêtement interne et le mucus piègent les grosses particules, évacuées par mouchage, reniflement ou éternuement.
  • Nos bronches, elles aussi recouvertes d’un « piège à poussières » visqueux qui filtre les particules ayant échappé aux fosses nasales. Nous évacuons ce mucus et les particules qu’il contient en avalant nos sécrétions bronchiques ou en toussant lorsqu’elles sont trop abondantes.

L’air qui parvient aux alvéoles devrait donc être propre. Si nous respirons par accident des gaz irritants, comme ceux d’un feu par exemple, nous avons un réflexe immédiat de toux et de contraction de nos bronches qui empêche ces gaz de parvenir jusqu’à nos fragiles alvéoles.

Mais ça, c’était avant. Avant que l’homme ne domestique le feu et l’utilise dans un habitat fermé. Le feu a été la première pollution de l’air créée par l’homme. La fumée du feu de bois contient des particules de taille variable dont les plus fines peuvent parvenir jusqu’aux alvéoles et s’y déposer, mais la fumée contient surtout des gaz irritants, des goudrons cancérigènes, et le redoutable monoxyde de carbone (CO) responsable à la fois de graves intoxications aigües et de lésions chroniques de l’appareil cardiorespiratoire.

Cette pollution intérieure par le feu a sans doute eu des conséquences redoutables jusqu’à ce que l’Homme maîtrise suffisamment l’évacuation des fumées par les cheminées.

L’apparition de la pollution extérieure à l’ère industrielle

Jusqu’à une période récente, et en dehors de très rares sites industriels antiques, les combustions créées par l’Homme n’avaient que peu de conséquence sur la qualité de l’air extérieur, du fait des faibles densités de population et de l’économie de combustible dans les populations pauvres.

Et puis l’homme a découvert le charbon de terre, puis le pétrole et le gaz naturel, et la pollution aérienne est née de leur combustion massive depuis la révolution industrielle jusqu’à nos jours.

On peine aujourd’hui a réaliser l’intensité de la pollution dans les villes et surtout dans les régions industrielles entre 1850 et 1960. S’y ajoutait la silicose, maladie des mineurs qui respiraient dans les galeries un air chargé de particules de silice. La mise à jour de portions de façades d’immeubles datant de cette époque lors de rénovations donne une idée des quantités de suie et de goudrons en suspension dans l’air au début du 20e siècle.

La circulation automobile, puis l’usage industriel et résidentiel du fioul ont relayé l’usage déclinant du charbon en Europe de l’Ouest pour charger l’atmosphère en polluants divers et peu engageants : particules de carbone, hydrocarbures irritants ou cancérigènes, monoxyde de carbone, précurseurs de l’ozone,  métaux…

Heureusement, et contrairement à une idée répandue, cette pollution est en diminution constante depuis 1970, et ce dans des proportions très importantes. Le graphique ci-contre est issu du rapport annuel co-édité par le Ministère de l’écologie et par le CITEPA (Centre Interprofessionnel Technique d’Etudes de la Pollution Atmosphérique). 

Il concerne les émissions d’oxydes de souffre, mais la quasi totalité des polluants suit la même décroissance, y compris les métaux lourds, les particules fines et le monoxyde de carbone.

Cette diminution a été permise par des efforts constants portant sur les émissions industrielles, les améliorations des systèmes d’injection et d’échappement des véhicules et la croissance de l’utilisation du gaz et du nucléaire au détriment du charbon ou du fioul.

À titre personnel, circulant exclusivement en bicyclette à Paris depuis 30 ans, j’ai pu constater cette amélioration : alors que je suffoquais derrière les diesels en période sèche, je n’ai quasiment plus de problèmes, notamment depuis que les autobus parisiens roulent au gaz. En revanche, je suis très gêné par les particules irritantes émises par les nombreux platanes parisiens au printemps. Ceci pour rappeler que la gêne liée à la composition de l’air n’est pas exclusivement d’origine humaine.

Alors, tout va bien dans le meilleur des mondes ?

Non, certainement pas. Nous préfèrerions tous respirer un air pur et profiter du beau temps sans craindre pour notre santé. Mais, qu’en est-il exactement des risques liés à cette pollution ?

Il est important de distinguer deux familles de risques, très différents dans leurs conséquences :

  • Les risques à court terme lors des pics de pollution.
  • Les risques à long terme liés à l’exposition prolongée aux polluants durant plusieurs dizaines d’années.

Risques à court terme

La pollution peut présenter des pics importants lors de la conjonctions d’éléments météorologiques défavorables : absence prolongée de pluie pour laver l’air, vent faible. Les polluants s’accumulent et leur présence devient perceptibles à l’odeur, ou par l’irritation des yeux, du nez ou des bronches qu’ils provoquent.

Des drames sont survenus par le passé : le grand smog de Londres fut à l’origine de plusieurs milliers de décès en 1952. Actuellement, l’intensité des pics de pollution aérienne dans des villes comme Pékin reste préoccupante.

Pour autant, ces situations exceptionnelles ne peuvent être comparées à celle de la France. L’intensité des pics de pollution chinois est dix fois supérieure aux nôtres, et les niveaux exceptionnels atteints à la mi-mars 2014 à Paris s’apparentent plutôt à la pollution moyenne à Pekin.

Les institutions sanitaires françaises ont tenté de mesurer l’impact des pics de pollution français sur les maladies respiratoires. Le résultat est plutôt rassurant : si la pollution est bien ressentie par la population, l’impact sur le recours au urgences pour des maladies potentiellement liées à la pollution est plutôt modeste et rien ne permet de lui attribuer des décompensations graves ou des décès. Lors du pic de pollution de mars 2014, l’effet sur les statistiques de consultation pour asthme a été long à se manifester, et n’a pas dépassé pas celui observé pendant les périodes printanières où l’air est riche en pollens.

Voici le point de situation de la CIRE d’Ile de France du mardi 17 mars 2014 (diffusé par mail et non publié à ma connaissance)

« La région Île-de-France a connu un épisode de pollution atmosphérique aux particules fines (PM10) du 7 au 15 mars. En particulier, l’indice Atmo était de 10/10 du 11 au 14 mars. L’analyse des recours aux urgences hospitalières (52 services*) et de ville (5 associations SOS Médecins) pour des pathologies possiblement liées à la pollution atmosphérique (asthme, bronchite chronique et bronchopneumopathie chronique obstructive, dyspnées et insuffisances respiratoires, insuffisances cardiaques et œdèmes pulmonaires, ischémies myocardiques, céphalées, malaises) a mis en évidence :

  • une nette augmentation vendredi 14 mars du nombre de passages aux urgences pour asthme (n=99 passages, soit + 83 % par rapport aux 7 jours précédents, soit du 7 au 13 mars) ;
  • un léger recul de cet indicateur le samedi 15 mars (n=84, soit + 56 % par rapport à la moyenne quotidienne du 7 au 13 mars) ;
  • une reprise marquée le dimanche 16 mars (n=113, soit + 109 %) : les classes d’âges les plus touchées étaient avant tout les moins de 5 ans, puis les enfants de 5-15 ans et les adultes (à l’exception des personnes âgées de 65 ans et plus) ;
  •  une nouvelle augmentation le lundi 17 mars (n=130, soit + 141 % par rapport à la moyenne quotidienne du 7 au 13 mars, et + 15 % par rapport à la veille). Cette augmentation a touché préférentiellement les adultes de moins de 65 ans. Un tiers des passages en service d’urgence pour asthme concernait les enfants de moins de 5 ans et un autre tiers des adultes de 15 à moins de 65 ans.

Comparativement à 2012 et 2013, ces chiffres sont inhabituels pour la période, sans atteindre cependant des valeurs exceptionnelles, et avec des valeurs similaires à celles observées usuellement au printemps, comme illustré sur la courbe ROUGE en figure 1.

Par ailleurs, le doublement du nombre de passages aux urgences d’adultes de 15 ans et plus pour allergie le dimanche 16 mars a été suivi d’une baisse dès le lundi 17 mars avec un retour à un niveau habituel.

Le Réseau National de Surveillance Aérobiologique confirme « la présence de pollens sur une partie de la région Île-de-France concomitamment au pic de pollution et pour cette semaine (données en cours d’actualisation). »

Le graphique ci-dessous, joint au point de situation de la CIRE, montre en rouge l’évolution des consultations médicales urgentes en 2014 comparativement aux deux années précédentes, et le pic du 14 au 16 mars, équivalent à ceux observés habituellement au printemps.

D’autres études rétrospectives montrent une augmentation modérée des consultations lors des pics de pollution, de l’ordre de 10%.

Il ne faut pas méconnaître les biais potentiels qui peuvent fausser ces statistiques, et notamment l’impact de la recommandation, largement diffusée pendant les pics de pollutions, de consulter à la moindre gêne respiratoire.

Enfin, lors de ces évènements météorologiques, le piégeage des pollens participe à la gêne ressentie qui n’est donc pas uniquement liée à la pollution humaine.

Bref, les pics de pollutions français et notamment parisiens, s’ils sont désagréables et parfois gênants ne constituent pas ou plus un problème de santé publique significatif du fait de la diminution régulière depuis 40 ans des émissions de polluants.

Risques à long terme

Il en est de la pollution comme de la cigarette : si un excès de tabac ponctuel peut provoquer une forte irritation bronchique, c’est l’inhalation quotidienne et prolongée de la fumée des cigarettes qui est responsable de la bronchite chronique, des cancers du poumon, de la gorge ou de la vessie, et des malades cardiovasculaires.

La question est donc d’évaluer les risques à long terme de l’exposition à la pollution d’origine humaine. Et la réponse à cette question est loin d’être simple.

Si tout le monde est d’accord pour dire que l’air pur est meilleur pour la santé que l’air pollué, la quantification du risque à long terme est extrêmement difficile.

Le premier moyen qui vient à l’esprit consiste à étudier l’état de santé de populations soumises à une forte pollution, et à le comparer à celui de populations moins exposées.

Malheureusement, ce procédé n’est pas fiable car ces populations ne sont pas identiques : les habitants des zones polluées sont souvent plus fumeurs, plus pauvres, plus stressés, plus exposés au bruit et au manque de sommeil. Il est impossible d’isoler le seul effet de la pollution sur la mortalité à partir de ces observations, pourtant souvent citées. Transformer ces liens statistiques en relation de cause à effet entre la pollution et la santé constitue ce que j’appelle dans ma chronique une « statalacon » : ce n’est pas parce que les populations qui consomment beaucoup de riz ont les yeux bridés que le riz est responsable de cette particularité morphologique.

D’ailleurs, la lecture des travaux scientifiques comme celui-ci montre que les auteurs se gardent généralement de faire cette relation de cause à effet et se contentent de constater une « association statistique ». C’est secondairement que les chiffres cités dans ses travaux sont repris par d’autres pour calculer une surmortalité induite par la pollution, calculs qui sont dont hautement contestables.

Une étude scientifique souvent citée et jugée démonstrative illustre bien cette incertitude et le danger de tirer des conclusions chiffrées des études d’observation : habiter près d’une autoroute est associé statistiquement à une mortalité cardiorespiratoire doublée. Mais l’augmentation de ces maladies n’est que de 30% si l’on s’intéresse directement au taux de pollution. Habiter près d’une autoroute expose donc à des facteurs de risques importants indépendants de la pollution (bruit, sommeil, stress, pauvreté ?) non identifiés ou non pris en compte lors des ajustements statistiques.

Enfin, la majorité des études disponibles concernent des individus exposés à de fortes pollutions, avant les années 90, et sont peu extrapolables à la situation actuelle.

Je reste très dubitatif sur l’impact de l’interdiction des feux de cheminées. Priver les français de cette pratique ancestrale me paraît fondé sur des extrapolations hasardeuses. On aura beaucoup de mal à me convaincre que la pollution parisienne intramuros est fortement liée à ces feux de cheminée, surtout quand je constate que les pics de particules surviennent au moment où les températures ambiantes laissent penser que plus personne ne fait de feu à son domicile. Il en est de même pour la circulation alternée. La simple consultation des sources d’émission de polluants montre que cette mesure possède un très faible impact potentiel sur la pollution, et qu’elle est sans doute démesurée par rapport à la gêne sociale qu’elle induit.

Mon propos n’est pas de nier la toxicité à long terme de la pollution qui est certaine. Je tente simplement de faire comprendre que les chiffres affolants de l’OMS souvent repris dans les médias (des dizaines de milliers de morts en France) ne reposent sur rien de solide. Il existe une culture de la peur qui est destinée à convaincre du bien-fondé des mesures de lutte contre la pollution. Ces chiffres et cette culture sont à rapprocher des prévisions de décès par la grippe H1N1 en 2009 par ces mêmes organismes.

Il me semble que les données sur la toxicité de la pollution sont suffisantes pour qu’il ne soit pas nécessaire de brandir des données aussi inquiétantes que mal étayées et de paniquer les européens. L’air que nous respirons, s’il n’est pas parfait, est moins pollué que celui que respirait nos parents, et encore moins que celui que respiraient nos grands-parents.

Les mesures actuellement en vigueur sont efficaces et permettent une diminution régulière de la pollution. L’objectif majeur est d’arriver à faire quasiment la pollution par les moteurs diesels, à la fois par les progrès technologiques concernant les moteurs des poids lourds et par l’arrêt de l’absurde promotion fiscale des moteurs diesels pour les particuliers.

Vos commentaires

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  1. Bernard

    J’ajouterai que l’intérêt d’arrêter/réduire les feux de cheminées en ville est plus énergétique que dépolluant, gardons précieusement le bois pour la construction et isolons nos maisons !

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