"Dans une nouvelle de 1971, Primo Lévi parle d'un réseau qui décide de mettre les gens en relation (...) pour en faire des amis. Quand vous lisez ça, vous dites : mais c'est Facebook !" (Bruno Patino)

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Ecrasement du temps, big data et « réel étendu » : la condition numérique selon Bruno Patino

le 4 juillet 2013 par

Serait-ce la fin des ruptures ? La « révolution numérique » serait-elle passée ? Plusieurs interlocuteurs d’Antibuzz ont émis cette analyse ces dernières semaines. Si on continue d’inventer et d’innover, on ne rompt plus, et on vivrait désormais une période de stabilisation, de « plateau » dont certains s’attellent à désigner les repères et les tendances à moyen terme.
C’est alors que paraît un livre comme La condition numérique (éd.Grasset) signé Bruno Patino et Jean-François Fogel, qui donne à voir quelques uns des grands enjeux de cette période marquée par un fait essentiel : la connexion permanente.

« ÉCRIRE SUR CE QUI NOUS ENTOURE »

Les deux auteurs avaient déjà signé Une presse sans Gutenberg, sur l’évolution de l’information et de la presse. Depuis, Facebook et Twitter ont fait leur apparition, la vidéo en ligne a connu une explosion, et les smartphones connectés se sont répandus. Et c’est évidemment à la lumières de ces outils et ces usages déterminants qu’ils ont élargi leur champ de réflexion.

LA LITTÉRATURE D’HIER POUR COMPRENDRE NOTRE CONDITION CONTEMPORAINE

LE TEMPS ET LE WEB

Parmi les éléments caractéristiques de notre commune condition numérique, ils distinguent un rapport au temps compressé. Le temps est « écrasé », le passé est… présent, partout ! Dépassant les métaphores de lieux qui étaient celles du web jusqu’à présent (site, navigateur, plateforme…), Patino et Fogel montrent que le numérique aujourd’hui est avant tout affaire de temps. Le passé est omniprésent « dans un grand désordre », et les sites tentent de maintenir une chronologie. Et c’est là une tension partagée : lutter contre ce grand mélange temporel, l’impression d’urgence constante et du temps qui manque, vécue à l’échelle de chacun.

LA « BIG DATA », CAPITAL DE LA SOCIÉTÉ NUMÉRIQUE

Un long passage est consacré à la « Big Data ». Le terme, qui date de 2001, est aujourd’hui au centre des préoccupations. Il désigne les masse gigantesques de données, dont la maîtrise est la quête aujourd’hui de tous les géants du web. Nous, les internautes, laissons derrière nous des masses et flux de données nous concernant. Ceux qui sauront faire « parler » ces données seront les maîtres de la « condition numérique ». Dépassant le débat sur les données privées (qui n’est qu’un aspect – essentiel – de la question), Bruno Patino et Jean-François Fogel y voient la forme économique du monde à venir, selon que ces données deviendront biens privés ou biens communs… L’accumulation de la big data serait la nouvelle accumulation de capital. De son statut dépendra, selon les auteurs, le régime économique et politique de notre société numérique.

« LE RÉEL N’EST PLUS SEUL »

On peut lire La Condition numérique comme un point de départ : celui d’une époque où les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) se sont taillé la part du lion et déterminent une bonne partie de notre mode d’être en ligne, donc de plus en plus de notre mode d’être tout court. Avec cette question : où en sommes-nous ? Où en suis-je, dans ce paysage ? Il n’y pas d’opposition à chercher entre monde « réel » et monde « virtuel ». Simplement, comme il est écrit dans le livre, « le réel n’est plus seul ». Et parfois, cette réalité étendue « entre en compétition avec le réel simple ». Alors l’extension du réel devient « la place de marché où chacun d’entre nous refait sa réalité ». Voilà désigné notre aller-retour contemporain.

POUR LA TÉLÉVISION, UNE MUTATION SANS VIOLENCE

Pour terminer, en guise de post-scriptum, il nous fallait bien poser au directeur des programmes de France Télévisions la question de la place de la télévision dans cette condition numérique. Et selon lui, elle a tout pour que la transition (en cours) se fasse de manière « fluide ». Le public, caractéristique essentielle de la grammaire télévisuelle, est déjà dans l’écran. Qui plus est, il s’est saisi lui-même des outils sociaux pour y intégrer la télé sans lui demander son avis. Twitter et Facebook nous permettent de nous inviter les uns les autres sur un « canapé virtuel » face à l’écran. « Il n’y a pas de tremblement de terre », mais une mutation ultra-rapide, presque naturelle », dit Bruno Patino. « C’est la transmutation d’un média qui absorbe le numérique et est absorbé dans le même temps ».

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01 COMMENTAIRE
  1. NR
    15/07/2013

    Livre excellent, une citation à retenir: « Le texte est pris dans le fichier comme la pistache dans le loukoum’

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