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L’humanité administrée par la technologie : comment garder la main ?

le 17 mai 2013 par

Eric Sadin n’est pas un auteur de science-fiction. Pas là, pas dans ce livre : L’Humanité augmentée, l’administration numérique du monde (éd. L’échappée). Pourtant, Hal fait l’ouverture. Au début de l’ouvrage, l’ordinateur de 2001, odyssée de l’espace, dont le nom est décalé de celui de la firme IBM, est saisi comme la matrice de la machine soumettant l’homme.

La partie d’échec du film fait écho un peu plus loin au moment désigné par l’auteur comme fondamental dans l’émergence d’une « condition duale » de l’homme face à la machine : le match Deep Blue-Kasparov en 1997 qui avait vu la victoire de l’intelligence artificielle. Alors voilà, nous ne sommes plus chez Arthur C. Clarke. Mais dans le réel. L’autre moment clé est l’arrivée du mobile, et « la connexion spatio-temporelle ininterrompue à portée de main constante ».

DÉLÉGUER AUX MACHINES COMMENCE AU… GPS !

Selon Eric Sadin, la révolution numérique a eu lieu. Celle de l’accès, celle de la découverte. La rupture est passée. Nous sommes désormais dans une montée en puissance, qui passe par une multiplication de l’humanité par des couches successives de technologies. Douces, séduisantes, ludiques, secrètes, invisibles, pratiques, on leur délègue de plus en plus de tâches, et ça fonctionne. Essayez avec votre GPS.

Eric Sadin va plus loin que l’idée de la révolte des machines. A la limite,  qu’elles nous échappent l’inquiète moins que leur conformité. Car on leur demande bien de choisir pour nous. Choisir selon les données auxquelles elles ont accès et que nous ne pouvons saisir sans elles. Des données de plus en plus complexes et entrelacées, et qui « s’intercalent », dit Sadin, « entre nous et le réel ».

Selon lui, l’exemple le plus frappant de cette délégation se transformant en sujétion, au-delà d’un GPS quotidien, est l’épisode de la crise financière de 2008 au coeur de laquelle on trouve le « trading algorithmique« , ou toutes les opérations de bourses effectuées à la vitesse de la lumière. La dimension échappe à l’être humain. Et les conséquences s’appliquent dans nos vies à tous.

DES FONDAMENTAUX REMIS EN CAUSE ?

Eric Sadin n’est pas technophobe, il questionne une société ultratechnologique. Jusqu’où ira la machine ? Dit-elle le bien et le mal ? Se substitue-t-elle à nous, à nos dépends, à ce point ?  Au nom de quel déterminisme ? Ainsi au terme de « réalité augmentée », il préfère celui de « réalitée orientée » : par les publicités, les indications marketings, ou la mise en avant de la valeur « sécurité ». La technologie est l’époque. S’il y a des réponses, l’auteur va les chercher du côté du droit, qui s’applique jusqu’à aujourd’hui à l’humain responsable. Pourtant, nous dit-il, on commence doucement  à réfléchir à juger les robots. Qu’est-ce qu’une société qui envisagerait de penser les libertés extra-humaines ?

FACE A LA MACHINE, FAUT-IL SOUHAITER L’ACCIDENT ?

Comment s’échapper de l’administration numérique ? comment l’éviter ? Par la divergence, la mise à distance où notre spécificité sensorielle humaine serait mise en avant. Cela peut passer par l’art, un second degré par tous, un questionnement salutaire. Mais cette prise de liberté est compliquée, tant la technologie s’insinue, invisible. Alors il y a le droit, la conscience juridique des Etats, nous dit l’auteur. Il semble s’interdire tout alarmisme, mais cherche la prise de conscience. Pour que chacun garde la main, ou la délègue en connaissance de cause.

ON CONFÈRE UNE DIMENSION SACRÉE A LA TECHNIQUE

S’ÉCHAPPER PAR LA DIVERGENCE

L’humanité augmentée, l’administration numérique du monde, Eric Sadin, éd. L’échappée.

 

 

 

 

 

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